20/12/2018

Aristote, Hymne à la démocratie


Hymne à la démocratie
Aristote, Les politiques
Livre VI, chapitre 2

        Précisions sur notre traduction
a) Nous nous efforçons de respecter la syntaxe du texte original dans la mesure où cela est possible pour la langue française. Nous pensons que nous préservons ainsi, autant que possible, la simplicité et la « frugalité » de l’expression du texte grec et nous rapprochons ainsi le texte français de l’original.
      b) Nous conservons les mots-clefs d’Aristote tels qu’ils figurent dans le texte original en les transcrivant en français et en les présentant en italique. Voici le sens que nous proposons pour ces mots :
      hypothèse : thèse de base, principe fondamental, fondement ;
      politéia : régime, constitution, forme de société ; 
     dèmotique : ce qui revient à dèmos, le peuple, ce qui a rapport     à la démocratie et aux démocrates ;
technè : habileté à faire quelque chose ; 
ecclèsia : l’assemblée du peuple ;
boulè : le conseil des cinq cents ;
banausie : le travail manuel, d’où habitudes ou caractère d’un artisan et de ceux qui exercent des professions banausiques (les banausoi) ;
      metabolè : changement d’institutions politiques, changement de régime.

L’hypothèse, d’une part, de la politéia démocratique est donc la liberté ; en effet, il est dit habituellement que dans cette seule politéia les hommes participent à la liberté ; car c’est à cela, dit-on, que réfléchit toute démocratie ; l’une des caractéristiques de la liberté est, d’autre part, d’être gouverné et de gouverner à tour de rôle.
De plus, puisque le juste dèmotique consiste dans l’égalité selon le nombre mais non selon la valeur, tel étant le juste, il est nécessaire que le plus grand nombre soit souverain, et que tout ce qui semble bon à la majorité soit la fin et le juste ; car il faut, dit-on, que chaque citoyen dispose d’une part égale. Ainsi, dans les démocraties, il se trouve que les pauvres sont plus souverains que les riches ; ils sont, en effet, plus nombreux, et l’opinion de la majorité est donc souveraine.  
Ceci est donc un signe distinctif de la liberté que tous les démocrates posent comme condition de la politéia. Un autre signe est que chacun vit comme il veut. Car telle est, dit-on, l’œuvre de la liberté, puisque l’œuvre de la servitude consiste à ne pas vivre comme chacun veut. Cette condition est donc la deuxième de la démocratie. De là est venue l’idée de n’être gouverné par personne et, dans le cas contraire, à tour de rôle. Et cela se rencontre avec cette liberté qui est selon l’égalité.  
Tout ceci étant posé comme fondements et tel étant le principe, de telles choses sont dèmotiques : le choix de toutes les instances parmi tous ; le commandement de tous sur chacun, chacun à tour de rôle sur tous ; le tirage au sort des magistratures, soit de toutes soit de celles qui n’exigent pas d’expérience et de technè ; la non-exigence d’aucun cens pour les magistratures, sinon minime ; le non-commandement à deux reprises dans aucun cas ou dans très peu de cas ou dans peu de magistratures, hormis celles de guerre ; la courte durée des magistratures de toutes ou de celles possibles ; le jugement par tous et parmi tous et sur tous ou sur la plupart des cas et les plus grands et les plus importants, comme sur les responsabilités et sur la constitution et sur les échanges privés ; la souveraineté de l’ecclèsia dans tous les domaines ou les plus grands ; aucune magistrature n’est souveraine sur aucune ou sur un très petit nombre.
Parmi les pouvoirs, le plus démocratique est la boulè, dans le cas où il n’y a pas abondance de salaire pour tous. En effet, là où le salaire est considérable, la force de ce pouvoir est ôtée, parce que le dèmos, riche par le salaire, rapporte tous les jugements à lui-même, comme il a été dit dans la méthode qui a précédé celle-ci.
Ensuite, un salaire est requis pour tous ceux qui participent à l’ecclèsia, aux tribunaux, aux magistratures, ou seulement aux magistratures, à la boulè et aux assemblées principales ou aux magistratures dont l’exercice nécessite un repas en commun.
De plus, étant donné que l’oligarchie est définie par la naissance, la richesse et l’éducation, il y a l’opinion que les dèmotiques sont les contraires de celles-ci, basse naissance, pauvreté, banausie.
En ce qui concerne les magistratures, aucune ne doit être à vie, et si quelqu’une a survécu à une ancienne metabolè, alors on la dépouillera de sa force et on remplacera l’élection par le tirage au sort.
Telles sont donc les caractéristiques communes aux démocraties. Il se trouve donc que par le juste qu’on s’accorde à considérer comme démocratique, à savoir l’égalité de tous selon le nombre, existe la démocratie considérée par excellence, et existe le dèmos en tant qu’ensemble de citoyens. Car l’égalité n’est pas plutôt de gouverner les pauvres ou les riches, ni que les uns soient seuls souverains, mais que tous gouvernent en égalité selon le nombre. En effet, de cette manière existent, croit-on, aussi bien l’égalité que la liberté dans la politéia.  









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